L’Inventaire du patrimoine culturel en Algérie

La question de l’inventaire des biens culturels, base de toute politique de gestion du patrimoine, est au cœur du débat en Algérie. Elle a d’ailleurs fait l’objet de plusieurs initiatives « avec quelques coups d’accélérateur » durant les dix dernières années.

La stratégie du Ministère de la Culture envisage, dans le « Schéma Directeur des Zones Archéologiques et Historiques » (2007), la création d’un Centre National de Catalogage et Documentation. Cet organisme devrait piloter et coordonner les opérations de recensement des biens culturels et gérer les bases des données qui remonteraient du niveau local au niveau central, en liaison avec les institutions sous tutelle chargées de l’inventaire des biens culturels protégés.

Actuellement, la Sous-direction de l’Inventaire des Biens Culturels du Ministère de la Culture a la lourde tâche de la coordination et mise à jour de l’inventaire général, qui inclue les biens culturels protégés et non protégés, réalisé sur le terrain par les organismes sous tutelle (OGEBC / Office de Gestion et Exploitation des Biens Culturels protégés, Musées nationaux, CNRPAH / Centre National de Recherches Préhistoriques, Anthropologiques et Historiques, Offices des Parcs culturels…) et les directions de la culture, administrations déconcentrées sur le territoire des 48 wilayas.

Les objectifs du Programme pour l’Inventaire

La Composante « Inventaire » du Programme vise à « Renforcer la méthodologie de l’inventaire, socle de toute politique patrimoniale » dans les trois domaines du patrimoine immobilier (classé et non classé), patrimoine mobilier et immatériel. Dans ce contexte, les objectifs spécifiques du Programme, actualisés suite à l’état des lieux, sont :

  • La mise en place d’outils et de méthodologies scientifiques, avec des tests pratiques sur le terrain dans les 12 wilayas pilotes, et validation en vue de l’étendue à l’ensemble du territoire.
  • La production d’un corpus de fiches d’inventaire représentatif du patrimoine culturel des 12 wilayas pilotes et destiné à alimenter les bases de données nationales.
  • Le renforcement en moyens humains et capacités des 12 wilayas pilotes, pendant la durée du Programme, afin de constituer un premier noyau du service inventaire dans les directions de la culture.
  • La formation des personnels des autres organismes sous tutelle chargés de l’inventaire des biens culturels protégés (OGEBC, CNRPAH, musées nationaux…).
  • L’expertise et la recherche appliquée pour le développement d’outils spécifiques pour l’inventaire de biens singuliers (ensembles urbains et ruraux, carrières, collections de sciences naturelles, art contemporain, etc…).

L’action du Programme en quelques mots

Le Programme Patrimoine a concentré ses efforts sur les outils méthodologiques lui permettant de développer cet inventaire, afin de répondre aux trois principales exigences exprimées par les responsables algériens (issus des réunions du groupe de travail au Ministère de la Culture), à savoir :

  1. Réaliser un recensement rapide visant l’identification du patrimoine culturel du pays.
  2. Sélectionner les biens culturels les plus représentatifs et prioritaires à proposer au classement.
  3. Disposer d’un outil de gestion simple et efficace pour des biens culturels protégés.

Dans une première phase, les modèles de fiches d’inventaire pour les trois types de biens (immobilier, mobilier et immatériels) ont été élaborés, selon un processus participatif qui a comporté plusieurs ateliers et réunions de travail avec les institutions concernées. Cette phase a pris en charge également le démarrage des outils méthodologiques complémentaires indispensables pour guider les opérations sur le terrain, notamment les thésaurus pour la standardisation des vocabulaires et les systèmes descriptifs.
La deuxième phase (janvier-mars 2016) a initié l’application sur le terrain de ces outils méthodologiques. Cela a un double objectif ; d’une part tester les outils et obtenir un premier retour d’expérience, indispensable pour leur perfectionnement, et d’autre part, former les premiers opérateurs dans les administrations locales, dans le cadre de la politique de déconcentration du Ministère de la Culture. 12 jeunes diplômés ont été formés à l’inventaire par les experts domaine du Programme et ont pu intégrer les directions de la culture de 12 wilayas pilotes.
La troisième phase a démarré fin mars 2016. Il s’agit de la phase de restitution progressive des résultats du travail concret réalisé sur le terrain par les 12 experts juniors. Ils ont bénéficié d’un suivi rapproché par les experts seniors du Programme. Cette restitution conduira à la création d’un premier corpus de fiches d’inventaire général (au moins 1 200) et à la mise au point des outils et des méthodes pour la rédaction du cahier des charges pour l’application informatique de gestion de l’inventaire. Elle permettra la consolidation de la formation des 12 experts juniors et bénéficiera aussi aux autres personnels du service patrimoine dans les wilayas pilotes ainsi qu’aux personnels des organismes chargés de l’inventaire (OGEBC, musées…). Cette phase cruciale contribuera également à la préfiguration du futur système de gestion de l’inventaire (ou Centre National de Catalogage et Documentation), par la création et le test de fonctionnement d’une cellule de coordination/validation entre le niveau local et le niveau central.

Les partenaires et les groupes de travail

Plusieurs partenaires institutionnels contribuent au développement des activités en matière d’inventaire, en premier lieu la Direction de la Conservation et de la Restauration du Patrimoine Culturel du Ministère de la Culture et en particulier sa Sous-Direction de l’Inventaire. Plusieurs réunions bilatérales et du groupe de travail stratégique au sein de cette Direction ont déjà eu lieu surtout dans la phase initiale de planification.
En outre, le développement des modèles de fiches d’inventaire a comporté un processus participatif de mise au point des rubriques et des champs, dans le cadre d’ateliers et des réunions avec les principales institutions sous tutelle chargées de l’inventaire : OGEBC, Musées nationaux, CNRPAH.
Plusieurs autres institutions (mais aussi des personnes ressources) participent activement aux travaux de mise en place d’outils et de méthodes, parmi lesquelles : l’ANSS / Agence Nationale des Secteurs Sauvegardés, le CNRA / Centre National de Recherches en Archéologie, la Bibliothèque Nationale, les Offices des Parcs culturels, CAP-Terre, des universités et des centres de recherche (en particulier le CERIST / Centre de Recherche sur l’Information Scientifique).
De leur côté, les directions de la culture des wilayas et en particulier des 12 pilotes jouent un rôle de partenaire clé dans la phase opérationnelle de formation et d’encadrement du travail sur le terrain.