Les fiches d’inventaire à « trois niveaux »

La priorité exprimée par le Ministère de la Culture est l’inventaire des biens culturels protégés ayant comme objectifs la connaissance et la gestion. En outre, les responsables ont exprimé la volonté de se doter également de fiches d’inventaire « préliminaire » (recensement et pré-inventaire) pour accélérer le processus de l’inventaire général en vue d’accompagner l’identification et la sélection de biens culturels à soumettre au classement.

Il s’agit d’une part d’un travail de « rééquilibrage » par rapport au classement existant et, d’autre part, de favoriser l’appropriation de ce patrimoine algérien par les citoyens eux-mêmes, tout en permettant d’évaluer les risques (d’origine naturelle et anthropique) pour s’assurer de leur sauvegarde. Un système d’inventaire à 3 niveaux est ainsi proposé pour les biens immobiliers et mobiliers, où le niveau 3 représente la fiche d’inventaire proprement dite « des biens protégés au titre de la Loi 98-04 » :

  • niveau 1 : fiche de recensement (modèle de fiche élémentaire pour l’inventaire général des biens culturels protégés et non protégés) ;
  • niveau 2 : fiche de pré-inventaire (modèle de fiche simplifiée visant une pré-identification des valeurs des biens culturels non protégés, contenant des champs minimum pour l’identification et la gestion, correspondant à l’étape du dossier de classement pour l’inventaire supplémentaire) ;
  • niveau 3 : fiche d’inventaire (modèle de fiche détaillée à utiliser pour la mise à jour et la standardisation de l’inventaire des biens culturels déjà protégés, contenant les champs d’identification et de gestion approfondis), servant comme outils de base pour le catalogue et l’intervention (entretien, conservation, restauration…).

image7

Les outils complémentaires : systèmes descriptifs et thésaurus

Les modèles de fiches ne sont qu’une partie de l’« arsenal » d’outils requis pour le travail d’inventaire et, par conséquent, du renforcement méthodologique. En effet, la production des modèles de fiches d’inventaire ne représente que la pointe d’un iceberg, la partie la plus visible de l’élaboration d’un ensemble d’outils complémentaires indispensables pour le travail des opérateurs du terrain. Compléter les fiches comporte l’utilisation d’un vocabulaire approprié et standardisé, surtout à l’âge des systèmes de traitement informatisés permettant des tris par mot clé. L’absence de thésaurus indispensables pour certains des champs (p.ex. typologie ; datation…) risque de rendre difficile le travail des opérateurs et de produire un inventaire qui n’est pas facilement exploitable. En outre, pour compléter les fiches les opérateurs doivent disposer de systèmes descriptifs (ou manuels d’instruction) bien détaillés et comprenant des exemples adaptés au contexte.

Mettre en place un tel arsenal est un travail de longue haleine qui demande la participation des acteurs concernés : institutions ayant pour mission la gestion des différents types de patrimoine culturel, institutions académiques et de recherche qui possèdent les connaissances scientifiques et des banques de données d’études déjà réalisées, la société civile et les personnes ressources. Le Programme a initié ce travail pour les biens culturels immobiliers et mobiliers, pour lesquels des thésaurus et les systèmes descriptifs sont en cours d’élaboration et seront mis à jour pendant toute la durée du travail des 12 experts juniors pour incorporer les apports et améliorations nécessaires.

Les Ateliers d’accompagnement à la prise de décision

Les ateliers stratégiques d’accompagnement à la prise de décision sur des thématiques de l’inventaire demandent une concertation interdisciplinaire et intersectorielle. Ils ont pour objectifs de :

  • mettre au point un langage commun, une terminologie générale et spécifique pour les rubriques et les champs des fiches d’inventaire pour les trois secteurs du patrimoine culturel : immobilier, mobilier et immatériel ;
  • pré-valider et amender les fiches d’inventaire (contenu et structure des rubriques, champs et notices explicatives) pour les trois types de patrimoine sur trois niveaux, afin de poursuivre la mise au point du système descriptif et des thesaurus ;
  • déterminer le système de gestion des flux des données (identification, sélection, validation) pour le recensement, le pré-inventaire et l’inventaire ;
  • aborder par étapes les thématiques préliminaires à la préfiguration d’un cahier des charges pour un/des logiciel/s de gestion des biens culturels (objectifs, niveaux, champs, serveurs image, SIG), grâce à des retours d’expériences.

La structure des ateliers prévoit une séance plénière de conférences et des séances de travail en groupe, dirigé par les experts du Programme.

Atelier stratégique N° 1 (Oran, 20-21 octobre 2015)

L’Atelier n°1 a porté sur « la terminologie et la chronologie », mais il avait aussi un sous objectif majeur : la pré-validation des ébauches des notices des champs des fiches d’inventaire préparées par les experts du Programme avec l’appui des groupes de travail des institutions concernées par l’inventaire.

Les travaux de l’Atelier ont impliqué plus de 20 participants du Ministère de la Culture, de l’Office de Gestion et Exploitation des Biens Culturels Protégés, du Centre National de Recherches Préhistoriques, Anthropologiques et Historiques, de musées nationaux, de directions de la culture du Nord-Ouest, de l’Office du Parc Culturel du Tassili, d’universités, d’associations.

Les séances de travail en groupe ont permis de consolider les modèles de fiches d’inventaire pour les biens culturels immobiliers et mobiliers et d’amorcer l’élaboration des thésaurus et des systèmes descriptifs, deux outils fondamentaux pour les opérations d’inventaire.

Atelier stratégique N° 2 (Alger, 24-25 novembre 2015)

L’Atelier n°2 a porté sur le « partage d’expériences sur les systèmes de gestion des bases de données et des systèmes d’information géographique ». (CF  lien a activer sur la brochure du programme, et l’article  de cet atelier joints au présent  document ?)

Les objectifs spécifiques étaient :

  • Partager des expériences pour le choix d’un système informatique de gestion de l’inventaire des biens culturels et pour la mise en place d’un SIG pour l’inventaire général.
  • Etablir des orientations générales et des critères pour le cahier des charges pour le développement d’une application informatique pour l’identification et la gestion des biens culturels en Algérie.

Plus de 40 participants d’institutions partenaires du Programme ainsi que d’autres organismes publics et privés algériens de différents secteurs y ont participé :

  • Ministère de la Culture
  • Musées Nationaux
  • Directions de la Culture des wilayas
  • Office de Gestion et Exploitation des Biens Culturels Protégés
  • Agence Nationale des Secteurs Sauvegardés
  • Centre National de Recherche en Archéologie
  • Offices nationaux des Parcs culturels
  • Centre Algérien du Patrimoine Culturel bâti en terre
  • Agence Spatiale Algérienne
  • Corps de la Gendarmerie Nationale
  • Agence Nationale de Gestion des Réalisation des Grands Projets de la Culture
  • Centre de Recherche sur l’Information Scientifique et Technique
  • Ecole National de Conservation et Restauration des Biens Culturels
  • Universités
  • Entreprises

La Délégation de l’Union Européenne a pris part à la séance plénière de cet événement, qui a été organisé en synergie avec trois ambassades de pays européens : Allemagne, France et Suisse, qui ont contribué en invitant un expert pour donner une conférence concernant une thématique liée à l’inventaire dans leurs pays respectifs.

Les organisateurs de la Direction du Programme et de l’Unité d’Appui au Programme ont pris part activement aux séances de travail. Cet Atelier a constitué aussi une occasion d’accueillir, parmi le public, les experts juniors des wilayas pilotes.

La dernière partie de la deuxième journée de l’Atelier a été consacrée au travail de groupe, articulé autour des quatre questions suivantes :

  • Question A : accès public internet/intranet (quelles informations à diffuser, au grand public sur le web, pour les monuments, sites, collections, structures, etc. ?)
  • Question B : quels sont les différents niveaux d’accès souhaités : public, public avec enregistrement, administrateur, recherche, etc. ?
  • Question C : quelles sont les thèmes des couches géographiques d’informations prioritaires qu’il faut retenir pour un SIG pour l’inventaire général ?
  • Question D : au niveau de votre institution quel sont les trois biens culturels (monuments, sites, structures, ensembles urbains/ruraux, collections) de votre wilaya qui seraient prioritaires à placer en premier sur une liste nationale ? ces biens sont-ils inventoriés ?

Les experts du Programme ont tiré quelques conclusions de l’Atelier, utiles pour alimenter l’élaboration d’un futur cahier des charges pour un système de gestion de l’inventaire :

  • La mise en place d’un inventaire général est un travail qui doit se prévoir dans la durée, en raison de sa complexité, du nombre de biens culturels, de leur répartition, des dimensions de l’Algérie et de la variété des acteurs concernés. Néanmoins l’importance de l’inventaire n’est mise en cause par personne.
  • La nécessité d’un système de gestion informatique composé d’une base de données documentaire, d’un SIG, d’une banque d’images et d’un personnel préparé pour le suivi et la pérennisation du système s’impose à tous. Ce système peut être monté en trois étapes principales : premièrement saisi sur un logiciel simple, deuxièmement validation et mise en sécurité sur un support Excel ; troisièmement versement sur une application informatique nationale (base de données, images, cartes, etc.) sécurisée à long terme.
  • L’inventaire général est un outil nécessairement interdisciplinaire et intersectoriel qui doit offrir une interface grand public (prévoyant un produit diffusé sur internet) et dont les critères offerts au public peuvent être déjà établit au plus haut niveau. Il relève du Ministère de la Culture de s’assurer d’une part, d’établir les critères qui sont déjà susceptibles d’être retenus pour l’application informatique et d’autre part, de la participation des responsables des organismes sous tutelle pour l’accompagnement du travail mis en place par le Programme sur les thésaurus et le manuel d’utilisation.
  • En effet, les fiches d’inventaire représentent une étape fondamentale qui doit être suivie d’un travail complémentaire rigoureux sur les thésaurus, le manuel d’utilisation et sur la préparation de la cartographie.
  • Concernant les SIG, les expériences de la Gendarmerie Nationale et de l’Agence Spatiale sur la couverture du patrimoine pour l’ensemble du pays mettent en évidence la prise de conscience de l’importance de la protection du patrimoine par d’autres acteurs de la vie publique et pointent la question des échelles à appliquer.

L’importance de choisir un système ouvert et pérenne avec des applications développées par des services informatiques algériens est vital pour assurer la durabilité du système et sa mise à jour régulière.

Fiche d’inventaire Immobilier
Fiche d’inventaire mobilier