Qu’est-ce qu’un Inventaire général des biens culturels

Le terme « inventaire » recouvre bien des usages différents : il y a les inventaires sommaires des archives, les inventaires des bibliothèques, les inventaires des collections des musées, des inventaires des biens culturels protégés…

Dans l’esprit de la Convention de financement du Programme Patrimoine, le centre de l’action est l’Inventaire général des biens culturels d’Algérie, or, pour être encore plus précis, l’inventaire général des biens mobiliers, immobiliers et immatériels d’Algérie. Il est important de ne pas confondre cet Inventaire général avec l’Inventaire des biens culturels protégés ou les inventaires des collections des musées.

De très nombreux pays du monde ont entrepris un inventaire général de leurs patrimoine culturel. Pourquoi ? A quoi sert un inventaire général ? Dans le langage courant, un inventaire se définit comme la liste exhaustive, la description et l’estimation des biens constituant le patrimoine d’une personne, d’une collectivité, situés dans un lieu déterminé.

Donc l’inventaire général c’est d’abord découvrir et recenser tous les biens culturels dont on a hérité.

Inventaire et protection des biens culturels

A la différence de l’Inventaire, la protection est régie par la Loi : l’Etat interdit la démolition d’un bien culturel protégé et participe financièrement à sa conservation.

L’inventaire général est d’abord un outil de connaissance, mais il peut aider à la protection :

  • en découvrant et sélectionnant de nouveaux biens à protéger ;
  • en permettant de mieux connaître les biens déjà protégés ;
  • en faisant connaître ces biens par des visites-conférences, des publications, des expositions, etc.

Un inventaire général a pour buts de découvrir, recenser et faire connaître le patrimoine culturel d’un territoire donné et d’aider ainsi à sa protection et à sa gestion.

Evolution des inventaires

L’Allemagne et la Suisse en sont à leur deuxième inventaire général : pourquoi ?

  1. la notion de patrimoine s’est considérablement élargie depuis la seconde moitié du XXème siècle ;
  2. la révolution technologique de l’informatique a renouvelé les moyens techniques pour recenser le patrimoine, apportant des possibilités impensables auparavant, mais aussi des contraintes.

Évolution de la notion de patrimoine

Il faut un certain recul pour comprendre la valeur de ce dont on hérite. Stendhal en 1830, parle des affreuses façades des hôtels particuliers parisiens du XVIIIème siècle… Ils sont tous classés aujourd’hui.

Pour l’architecture du XXème siècle en France, on s’est d’abord arrêté aux œuvres de Le Corbusier. Dans un premier temps, l’inventaire français a étudié uniquement l’architecture « majeure » après 1850. Mais à partir des années 1980, il a fallu s’attaquer aux maisons des banlieues parisiennes, qui sont très nombreuses, car elles étaient devenues des représentantes du patrimoine. Donc on a repoussé la date-butoir de 1850 à 1950… Avec l’obligation de trouver de nouvelles méthodes.

Parallèlement, on s’est attaqué aux catégories négligées jusqu’alors, comme le « patrimoine industriel », sans parler du dernier né des patrimoines culturels : le « patrimoine immatériel ».

Tandis que les villes changeaient d’échelle sous le poids des nouvelles constructions, on est sorti de la vision individuelle du patrimoine, pour le voir d’une manière plus globale. On a commencé à s’intéresser aux « ensembles » : aux rues, aux îlots, aux quartiers, autant qu’aux maisons elles-mêmes, aux « paysages urbains » et « paysages ruraux ».

Évolution des méthodes et techniques d’inventaire

1ème phase : les inventaires du XIXème siècle et de la première moitié du XXème siècle se présentent sous la forme de collections d’ouvrages imprimés (ex : l’Allemagne, la Suisse…).

2ème phase : les « inventaires fondamentaux » des années 1950-1960 : informatisation, multiplication des mots-clés, fiches pléthoriques. Ces inventaires nés après la 2ème guerre mondiale étaient très ambitieux : le Catalogo (ICCD) italien, l’Inventaire général français et la Royal Commission on Historical Monuments of England, ont produit des « inventaires lourds ».

3ème phase : à partir du milieu des années 1980, l’allégement des inventaires voit le jour avec : le « pré-inventaire » français, le « minimum core data » anglais, les demandes des pays de l’Est, la réunion « Patrimoine architectural : méthodes d’inventaire et de documentation en Europe » (Nantes 1992), la recommandation du Conseil de l’Europe sur la « fiche d’indexation minimale » de 1995…

4ème et dernière phase (phase en cours) répond à de nouvelles exigences : l’adaptation à internet, le retour à des textes lisibles, l’importance des images numériques et de la cartographie assistée par ordinateur…

Les méthodes actuelles : quelques conclusions

L’inventaire ou la monographie : quel que soit son type, l’inventaire général s’oppose à la monographie, car il répond à ce principe fondamental : « connaître quelque chose sur tout, et non pas tout sur quelque chose ». Par définition, un inventaire général est une étude de biens en grand nombre, établie dans des buts d’identification, de sélection et de gestion du patrimoine culturel de la nation.

Une opération d’inventaire nécessite une gestion rigoureuse. Pour qu’un inventaire arrive à bonne fin, il est indispensable que le degré d’approfondissement de la fiche d’inventaire soit calculé à la fois en fonction du ou des buts recherchés (simple repérage, sélection en vue d’une protection, gestion, présentation à un public), des contingences matérielles (nombre d’œuvres à inventorier, dimensions du territoire à couvrir, moyens en matériel et en personnel, temps imparti pour l’opération) et de la qualification du personnel qui en a la charge.

En conclusion, et en général :

  • plus le nombre d’œuvres est important,
  • plus le territoire à couvrir est étendu,
  • plus le temps imparti est court,
  • plus les moyens humains et financiers sont réduits,

….plus les fiches d’inventaire doivent être synthétiques !

Un processus multidisciplinaire, intersectoriel et participatif

L’Inventaire général est un processus qui, par définition, ne peut qu’être multidisciplinaire, intersectoriel et participatif. C’est un processus qui consiste à identifier, dans une première phase sans jugement de valeur, le patrimoine culturel d’un espace géographique, afin de pouvoir ensuite puiser sur ce premier recensement pour sélectionner les biens les plus représentatifs pour l’identité du territoire et de sa population, et les proposer au classement.

Ce caractère englobant et la notion actuelle de patrimoine culturel se traduisent en une hétérogénéité de biens à inventorier et demande une réorientation de la recherche à 360 dégrées. Cela comporte la nécessité d’impliquer un vaste éventail d’expertises afférentes à différentes disciplines et l’intervention de connaisseurs du territoire. Il s’agit donc de faire participer, en général, des archéologues, des architectes, des historiens, des conservateurs, des anthropologues, des sociologues…, faisant appel à des spécialistes sur des sujets qui demandent une expertise ad hoc dans des domaines ponctuels ou des périodes historiques déterminées.

L’intervention de différents secteurs du monde institutionnel, de la société civile et du secteur privé est aussi indispensable. Cela est évident pour les biens culturels immobiliers, dont la présence sur le territoire demande impérativement une analyse d’impact lors de projets de développement et aménagement, afin de garder les valeurs du paysage construit et éviter la disparition de l’héritage, jusqu’ici transmis. Moins évident, mais également important aujourd’hui, est la cartographie de l’ensemble des ressources culturelles matérielles et immatérielles existantes en vue de leur mise en valeur pour le développement identitaire, socio-économique et touristique.

L’expérience dans plusieurs pays a montré qu’effectivement l’inventaire, et notamment les premières étapes d’identification et de présélection du patrimoine culturel représentatif d’une collectivité, est un processus qui commence sur le territoire le plus proche, et donc naturellement ascendant pour plusieurs raisons : la relation de proximité, le sens d’appropriation, la connaissance du terrain, la facilité d’accès, l’intérêt de la société civile, etc. Cette première phase ne comporte pas un haut niveau de « technicité », de connaissance scientifique, contrairement aux cas des biens culturels protégés. Toutefois, considérant le fait que l’inventaire des biens culturels (protégés ou pas) est en constante évolution, les administrations locales jouent un rôle important et permanent – une sorte d’« observatoire » – de la gestion et du suivi de l’état de conservation des biens inventoriés.

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L’Inventaire comme outil d’identification, de sélection et de gestion

La première question qu’on se pose dans la phase d’initiation d’un processus d’inventaire est « pourquoi, pour quel(s) objectif(s) ? ». Les objectifs de l’inventaires peuvent être multiples ; identifier des patrimoines à risque de disparition, l’urgence de recenser les biens culturels pour la connaissance du territoire en vue de projets d’aménagement, la nécessité de développer un sens d’appropriation des citoyens vers leur héritage et par conséquent favoriser sa sauvegarde, insérer stratégiquement la mise en valeur des ressources culturelles dans les programmes de développement local, etc…

L’état des lieux et les réunions du groupe de travail ont fait émerger principalement un double objectif pour l’inventaire en Algérie :

  1. disposer rapidement d’un recensement global afin de pouvoir l’exploiter pour sélectionner des nouveaux sites et objets à proposer pour le classement :
  2. organiser systématiquement les informations concernant les sites et objets déjà protégés dans un inventaire qui intègre un outil de gestion.

C’est pour répondre à cette demande que le Programme a proposé un système de fiches d’inventaire à « géométrie variable » articulé sur trois niveaux.

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Des exemples internationaux

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Inventaire du patrimoine architectural de la Région de Bruxelles-Capitale

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Inventaire (suisse) pour la protection des biens culturels

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Institut (italien) Central pour le Catalogue et la Documentation